
otre amie allait avec nous par les
pistes, racontaient ses amies. Elle semblait
préoccupée, comme maintenant. C'est qu'elle
entendait une voix, tout près, dans sa plume.
– Ponds-moi ... disait l'œuf. C'est ridicule
à la fin de ne pas vouloir me pondre. D'où je
suis, je ne vois rien.
Et nous qui ne savions pas qu'elle parlait à son
œuf, nous ne comprenions pas quand elle répondait :
– Qu'as-tu besoin d'y voir ? Puisque je te décris
le paysage. Nous venons de passer les dunes Cette sorte de pintade a
fait semblant de ne pas nous voir. Elle attend toujours que les
autruches la saluent les premières, cette
pimbèche !
– Ponds-moi, mais ponds-moi donc, disait l'œuf.
Cette route doit être tourmentée, car je suis
secoué, secoué !
– Il y a, en effet, quelques cailloux, disait notre amie.
Mais que fais-tu ?
– Je grossis. Je ne puis m'empêcher de grossir, disait
l'œuf. Mais ponds-moi donc !
Enfin, notre amie s'arrêta et pondit. Elle avait choisi
l'ombre violette d'un baobab, et au pied, un petit paquet d'herbes,
pour recevoir cet œuf impatient d'être pondu.
– Ouf, dit l'œuf. Que la nature est belle, ce matin.
– C'est le soir, jeune sot.
– Tant pis.
– Pour qui ?
– Pour toi. Ne m'as-tu pas raconté que le matin
les poules peuvent monter sans pouvoir descendre, et que le soir, elles
peuvent descendre sans pouvoir remonter.
– C'est vrai, dit notre amie. Mais que viennent faire les
poules dans l'histoire ?
– Tu le sauras toujours assez tôt, dit
l'œuf.
Et il monta dans un arbre.
– Malheureux, disait notre amie. Un poulet ... Un poulet
sortir d'un de mes œufs. Quelle honte pour une autruche.
Et c'est pourtant ce que nous avons vu, disaient ses compagnes. C'est
un poulet tout déplumé, vilain et sale qui brisa
la grosse coquille et se montra dans les branches.
Il en descendit.
Notre amie est triste depuis qu'elle a dû abandonner dans un
poulailler cet enfant poulet qui parlait déjà
dans l'œuf.